Histoire du Manoir de Couesme

  • La famille de Couesme ou Coesmes
Trois familles de seigneurs ont été particulièrement riches et puissantes à Ancinnes : les seigneurs de Maulny, de Coutillioles et de Couesme. Ces derniers étaient les seigneurs suzerains d'Ancinnes. 

Les seigneurs de Couesme se sont installés dans la commune aux environs de l’an 1000 et y sont restés jusqu’en 1669, date à laquelle le Manoir de Couesme fut vendu à la famille de Louvigny.

 

Les Couesme sont une famille féodale dont le blason est « Brabant d’or au lion d’azur armé et lampassé de gueule ».

Dans l’histoire de la famille de Couesme, quelques personnalités ont marqué l’histoire locale ou du royaume de France :

- Guillaume de Coesmes qui a donné l’église d’Ancinnes à l’évêque du Mans (1158).
- Hasegault de Couesme qui a servi Charles VI et était à ses côtés quand celui-ci eut un accès de folie dans la forêt du Mans (1392).
- Charles de Couesme qui hérite du Manoir en 1513. Il sert François 1er pendant les guerres d’Italie et deviendra son homme de confiance dans le Haut Maine et l’Anjou. Il est nommé par le roi « Capitaine des francs archers » et fera la police en son nom dans la région où il se livrera au viol et au pillage. Condamné à mort, le roi le graciera trois fois. Il meurt en 1543 au château de Bonnétable.


Charles de Couesme est incontestablement le personnage le plus important de cette famille. Important par la vie qu’il a menée au service des rois de France Louis XII et François 1er (Charles de Couesme au service de Louis XII et François 1er – Jean-Max JAHIER. Ed. Almathée). Important également parce que c'est lui qui a transformé le manoir en habitation et lui a donné sa configuration actuelle. Cette famille posséda un grand nombre de seigneuries dans le Perche, le Maine et l’Anjou. Elle délaissa petit à petit le manoir pour des chateaux plus grands et plus confortables ; mais elle tint à garder ce bâtiment, témoin de ses origines.

Jeanne de Couesme, épouse en seconde noces de François de Bourbon Conti fût la dernière Couesme et meurt en 1601. Le manoir resta dans la descendance des Couesme jusqu'en 1659, soit près de sept siècles après son installation sur cette terre dont elle fit son fief. La descendance de Charles de Couesme se poursuivit dans les familles Bourbon, d'Albert de Luynes, Montmorency, La Rochefoucauld-Doudeauville, ....propriétaires du château de Bonnétable. celle de sa soeur Marguerite, épouse de Charles d'Angennes se poursuit notamment dans les familles d'Angennes, Thouars, Le vasseur de Cogners et d'Aillières, Caillard d'Aillières ...possessionnées dans le Maine. L'ouvrage "Les Caillard d'Aillières 1550-2010" paru récemment aux Editions Lacurne contients des précisions sur ces familles, en remontant aux Couesme. Pour tous renseignements consulter http://www.caillard-lelivre.com/

  • Le Manoir de Couesme
Situé sur une terre seigneuriale, le Manoir fut à l’origine (1380) un manoir-hall " à l'anglaise".  Aucune division intérieure n’existait dans le bâtiment ; l’espace était libre jusque sous la charpente. Le jour pénétrait par les deux fenêtres en ogives situées sur les pignons. Elles ont été  obturées au début du XVI ème siècle. La charpente était construite pour être vue du sol : élancée et arbalétriers tout en courbe. Les pièces de service étaient à l'extérieur, accolées au bâtiment principal et le plus souvent en bois. C'était le cas à Couesme ; ces constructions s'appuyaient sur les corbeaux de pierres qui se trouvent encore sur les facades ;  toutefois, sur les pignons, deux pièces ont été construites en pierres  ; il en subsiste une sur le pignon Est.

  Manoir de Couesme vers 1900. Carte postale

En 1480 environ, le bâtiment fut réhaussé et  pourvu d’un étage desservi par un escalier à vis.  Il servit alors de relais de chasse aux seigneurs de Couesme qui obtinrent du roi François 1er  le droit de chasse à cor et à cri dans la forêt de Perseigne.

A partir des années 1520, il fut transformé par Charles de Couesme en maison d’habitation; des fenêtres à meneaux furent percées. De cette époque, datent également les cheminées monumentales qui équipent chaque pièce d'habitation.

Le domaine fut fermé de douves et la cour intérieure par des bâtiments agricoles. Charles de Couesme constituera également un vaste domaine agricole de près de 600 hectares. Sous la protection du Roi, Charles de Couesme se constituera une immense fortune accrue par ses riches mariages successifs avec les sœurs d’Harcourt, baronnes de Bonnétable. Ce domaine non fieffé sera pendant longtemps le plus important de la région ; il ne fut démembré qu’au début du XXème siècle.

Au XVIIème siècle, le manoir laissé à l’abandon a été restauré par les seigneurs de Louvigny qui ont fait détruire les parties de la propriété trop en ruines (chapelle, porche d’entrée et pigeonnier).

A la Révolution, Couesme considéré comme bâtiment agricole ne fut pas vendu comme bien national et resta propriété de la famille de Louvigny.

Depuis cette date, aucun aménagement intérieur n’a été pratiqué sauf sur une partie du rez-de-chaussée dans les années 1960-1970. Le bâtiment et ses dépendances ont été utilisés comme remise agricole par les propriétaires successifs.

Sont remarquables aujourd'hui dans le bâtiment :

- les fenêtres à meneaux (7) ainsi que la lucarne à galbe décorée de crochets et d’un fleuron en croix ;
- les fenêtres en ogives (2) sur les pignons du bâtiment ;
- les cheminées (6) ;
- la charpente à double faîtage et à pannes de type anglais ;
- les éléments d’architecture intérieure du XVIème siècle (portes et cloison de bois). 

 
Au regard de cette histoire et de ces élements architecturaux, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire a inscrit en totalité (intérieur et extérieur) le manoir à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH) par arrêté du 9 décembre 2005.




 

Sources : 

Les Manoirs dans la Sarthe, Philippe GREGOIRE, Alain BÉTIN - SILOË.
Les Manoirs ruraux et leurs seigneurs, l’Exemple du Haut Maine – Roger GRANDIÈRE, Mémoire de maîtrise Université du Maine, 1987.

 

  • Le manoir et la famille de Couesme dans le Nord Sarthe

 Saint Michel du Tertre (72610 Ancinnes)

  Sur les hauteurs de la colline qui domine le village de Vaugolois, au commencement de la plaine qui s'étend jusqu'à Ancinette, le hameau de St Michel possédait un prieuré de bénédictins dépendant de l'abbaye de Tiron rattaché au diocèse de Chartres. L'ordre de Tiron fut fondée an 1105 par Bernard d'Abbeville dans un monastère situé à Tiron près de la forêt de Craon (Perche). Cet ordre compta jusqu'à vingt-trois abbayes et quatre-vingt prieurés. L'ordre monastique de Tiron eut une influence considérable au XIIème siècle dans le nord ouest de la France, en Irlande, en Grande-Bretagne et en Ecosse.

Avant la fondation du prieuré, cette terre était appelée St Michel de la colline ou St Michel de la plaine. Actuellement, le lieu est nommé St Michel du Tertre. Une métairie était attenante au prieuré. En 1882, la plupart des jardins étaient encore pour partie entourés de murs. 

   Les restes du prieuré Saint Michel du Tertre L'ancienne chapelle sert aujourd’hui de grange. On peut y voir, à l'intérieur, en bon état de conservation, une charpente à double faîtage, les lambris de la voûte, les tirants de la charpente et une crédence géminée(1) servant de piscine pour les ablutions.Un cimetière existait probablement au chevet de la chapelle. En effet, lors de la construction d'un cellier adossé à la chapelle, ont été retrouvé des squelettes de grande taille. Ces squelettes ont, par ailleurs, fait naître la rumeur que l’on était bien nourri « sous la crosse de St Michel ». 

  Plus loin dans un enclos, se dresse encore une tour dont la charpente a été refaite en 1747 par Jean Rocher, charpentier à Ancinnes. L'inscription figure sur la croisée de la charpente faîtière.

  Le premier étage est desservi par un escalier extérieur en pierre qui dessert une pièce d'habitation. Le rez-de-chaussée sert de fuie, c'est-à-dire de colombier. A quelque pas de là, existe un puits remarquable par ses dimensions : six pieds de diamètre creusé dans le roc et soixante-dix pieds de profondeur ; un ruisseau le traverse. Il est actuellement recouvert d'une dalle de ciment. 

  L’histoire du prieuré : La fondation de ce prieuré remonte au 1er août 1128. Le seigneur de Versé et sa mère donnèrent le terrain aux moines de Tiron et Olivier de Larre les dixième d'une terre de Vaugolois à condition que les moines y édifient un prieuré portant le nom de l'archange St Michel. A cette occasion le prieuré reçu plusieurs autres dons notamment une importante donation du seigneur de Couesme. Le prieuré comme les seigneurs de Couesme tenaient des assises ou plaides dans leurs bâtiments. Le plus ancien prieur connu est Pierre de Montireau en 1485. Le 14 avril 1791 la métairie de St Michel fut vendue à Pierre Chesneau, marchand à Saint Rémy des Monts pour la somme de 90.000 livres. 

Sur les catafalques de tous les seigneurs de Couesme enterrés dans la collégiale de Pruillé figure le cordon bleu de l'ordre de St Michel. C'est sans doute la reconnaissance de leur appui aux moines de Saint Michel du Tertre.

(1) La crédence est un trou pris dans l'épaisseur du mur ; elle servait à entreposer les vases sacrés servant aux ablutions des prêtres ; elle comporte également une vasque qui permet de jeter vers l'extérieur les eaux des ablutions. L'eau est rejetée par une gargouille qui la déverse lloin du mur dans un terrain réservé à cet effet. La crédence peut être simple, double ou géminée voire triple. C'est le pape Léon X (1475-1521) qui a prescrit l'installation des crédences pour que les eaux sacrées ne soient pas traitées de manière commune.

  Source :Mémoires de l’abbé Choplain
 


Création: comKIdirait