Le domaine fut fermé de douves et la cour intérieure par des bâtiments agricoles. Charles de Couesme constituera également un vaste domaine agricole de près de 600 hectares. Sous la protection du Roi, Charles de Couesme se constituera une immense fortune accrue par ses riches mariages successifs avec les sœurs d’Harcourt, baronnes de Bonnétable. Ce domaine non fieffé sera pendant longtemps le plus important de la région ; il ne fut démembré qu’au début du XXème siècle.
Au XVIIème siècle, le manoir laissé à l’abandon a été restauré par les seigneurs de Louvigny qui ont fait détruire les parties de la propriété trop en ruines (chapelle, porche d’entrée et pigeonnier).
A la Révolution, Couesme considéré comme bâtiment agricole ne fut pas vendu comme bien national et resta propriété de la famille de Louvigny.
Depuis cette date, aucun aménagement intérieur n’a été pratiqué sauf sur une partie du rez-de-chaussée dans les années 1960-1970. Le bâtiment et ses dépendances ont été utilisés comme remise agricole par les propriétaires successifs.
Sont remarquables aujourd'hui dans le bâtiment :
- les fenêtres à meneaux (7) ainsi que la lucarne à galbe décorée de crochets et d’un fleuron en croix ;
- les fenêtres en ogives (2) sur les pignons du bâtiment ;
- les cheminées (6) ;
- la charpente à double faîtage et à pannes de type anglais ;
- les éléments d’architecture intérieure du XVIème siècle (portes et cloison de bois).
Au regard de cette histoire et de ces élements architecturaux, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) des Pays de la Loire a inscrit en totalité (intérieur et extérieur) le manoir à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (ISMH) par arrêté du 9 décembre 2005.
Sources :
Les Manoirs dans la Sarthe, Philippe GREGOIRE, Alain BÉTIN - SILOË.
Les Manoirs ruraux et leurs seigneurs, l’Exemple du Haut Maine – Roger GRANDIÈRE, Mémoire de maîtrise Université du Maine, 1987.
Saint Michel du Tertre (72610 Ancinnes)
Sur les hauteurs de la colline qui domine le village de Vaugolois, au commencement de la plaine qui s'étend jusqu'à Ancinette, le hameau de St Michel possédait un prieuré de bénédictins dépendant de l'abbaye de Tiron rattaché au diocèse de Chartres. L'ordre de Tiron fut fondée an 1105 par Bernard d'Abbeville dans un monastère situé à Tiron près de la forêt de Craon (Perche). Cet ordre compta jusqu'à vingt-trois abbayes et quatre-vingt prieurés. L'ordre monastique de Tiron eut une influence considérable au XIIème siècle dans le nord ouest de la France, en Irlande, en Grande-Bretagne et en Ecosse.
Avant la fondation du prieuré, cette terre était appelée St Michel de la colline ou St Michel de la plaine. Actuellement, le lieu est nommé St Michel du Tertre. Une métairie était attenante au prieuré. En 1882, la plupart des jardins étaient encore pour partie entourés de murs.
Les restes du prieuré Saint Michel du Tertre L'ancienne chapelle sert aujourd’hui de grange. On peut y voir, à l'intérieur, en bon état de conservation, une charpente à double faîtage, les lambris de la voûte, les tirants de la charpente et une crédence géminée(1) servant de piscine pour les ablutions.Un cimetière existait probablement au chevet de la chapelle. En effet, lors de la construction d'un cellier adossé à la chapelle, a été retrouvé des squelettes de grande taille. Ces squelettes ont, par ailleurs, fait naître la rumeur que l’on était bien nourri « sous la crosse de St Michel ».
Plus loin dans un enclos, se dresse encore une tour dont la charpente a été refaite en 1747 par Jean Rocher, charpentier à Ancinnes. L'inscription figure sur la croisée de la charpente faîtière.
Le premier étage est desservi par un escalier extérieur en pierre qui dessert une pièce d'habitation. Le rez-de-chaussée sert de fuie, c'est-à-dire de colombier. A quelque pas de là, existe un puits remarquable par ces dimensions : six pieds de diamètre creusé dans le roc et soixante-dix pieds de profondeur ; un ruisseau le traverse. Il est actuellement recouvert d'une dalle de ciment.
L’histoire du prieuré : La fondation de ce prieuré remonte au 1er août 1128. Le seigneur de Versé et sa mère donnèrent le terrain aux moines de Tiron et Olivier de Larre les dixième d'une terre de Vaugolois à condition que les moines y édifient un prieuré portant le nom de l'archange St Michel. A cette occasion le prieuré reçu plusieurs autres dons notamment une importante donation du seigneur de Couesme. Le prieuré comme les seigneurs de Couesme tenaient des assises ou plaides dans leurs bâtiments. Le plus ancien prieur connu est Pierre de Montireau en 1485. Le 14 avril 1791 la métairie de St Michel fut vendue à Pierre Chesneau, marchand à Saint Rémy des Monts pour la somme de 90.000 livres.
Sur les catafalques de tous les seigneurs de Couesme enterrés dans la collégiale de Pruillé figure le cordon bleu de l'ordre de St Michel. C'est sans doute la reconnaissance de leur appui aux moines de Saint Michel du Tertre.
(1) La crédence est un trou pris dans l'épaisseur du mur ; elle servait à entreposer les vases sacrés servant aux ablutions des prêtres ; elle comporte également une vasque qui permet de jeter vers l'extérieur les eaux des ablutions. L'eau est rejetée par une gargouille qui la déverse lloin du mur dans un terrain réservé à cet effet. La crédence peut être simple, double ou géminée voire triple. C'est le pape Léon X (1475-1521) qui a prescrit l'installation des crédences pour que les eaux sacrées ne soient pas traitées de manière commune.
Source :Mémoires de l’abbé Choplain